Effondrement : leçons d’une pandémie

Modélisations Covid Institut Pasteur

Il y a 4 ans de cela, Trump avait gagné la présidentielle américaine, mais n’était pas encore en poste. Il était ce qu’on appelle là-bas durant la période de transition un “président-élu” mais pas un président.

L’administration Obama sortante pris contact avec l’administration naissante, pour effectuer suivant le protocole légal (et parmi de nombreuses autres tâches de transition) un exercice de transfert de compétences.

Quel fut cet exercice ? Il a été décrit ici: il s’agissait de gérer une crise sanitaire liée à un nouveau virus très contagieux, “la pire pandémie grippale depuis 1918 (année de la grippe “espagnole”) “.

L’exercice eu donc lieu, en binôme nouveau responsable/ancien responsable pour simuler la crise, l’activation des mécanismes, l’identification les organes décisionnels, etc … Un exercice utile et instructif si l’on en croit les participants.

A l’issue de la crise, la nouvelle équipe Trump avait en main un “guide pratique” (playbook) de gestion de pandémie.

Que se passa t’il dès la première année du mandat Trump ?

  • le guide pratique fut ignoré
  • l’agence chargée de fournir des réactions rapides fut partiellement démantelée
  • et au fur et à mesure qu’ils déplaisaient au président en place, les responsables politiques initiaux furent remplacés. Les responsables administratifs ne furent tout simplement pas nommés.

Pourquoi une telle insouciance ? Il y a une myriade d’explications, aux historiens désormais de les dépatouiller …

  • Parce que les épidémies c’est un problème pour les autres pays (pauvres/lointains)
  • Parce que Obama avait déjà du gérer (mal selon eux) une épidémie, et que donc eux feraient mieux en faisant le contraire
  • Parce que cela n’allait pas arriver
  • Parce que, si cela arrivait, la recherche américaine (la meilleure du monde) trouverait vite la solution
  • Parce que, si cela arrivait, l’industrie américaine (la meilleure du monde) trouverait vite comment produire la solution
  • Parce que, si cela arrivait le peuple américain (le meilleur du monde) ferait le meilleur usage possible de sa liberté et s’en sortirait
  • Parce que l’administration, cela ne sert à rien, autant en avoir le moins possible.

Bref. Le jour de l’inauguration du mandat du nouveau Président Biden, le président sorti laissera son bilan en terme de morts, en terme de dégâts sur le système de santé, autant que son bilan de dégradation de l’économie et du lien social.

Car une crise bien gérée fait en fait *moins* de dégâts économiques et sociaux qu’une crise mal gérée.

Tout ceci (et bien d’autres choses) sont des leçons intéressantes pour les crises environnementales, qui est mon sujet de souci premier.

Je me sens assez proche d’un auteur anglais qui s’appelle Jem Bendell et enseignait le développement durable (Sustainability Studies). La notion de développement durable s’est malheureusement beaucoup affadie avec le temps. A la base si on parle de développement durable c’est aussi car le développement peut conduire à des impasses, s’arrêter, et régresser. Et que cela a des conséquences matérielles et concrètes.

Il y a quelques années, après une revue de l’état des indicateurs de dégradation environnementale et une revue de la prospective environnementale, il arriva à la conclusion que le changement climatique allait commencer ses effets à court terme, et que cela aurait des conséquences économiques et sociales visibles d’ici la fin de la décennie.

Cette approche de l’effondrement implique différents paramètres :

  • de temporalité
  • de localisation
  • d’évitabilité/inévitabilité
  • d’intensité
  • de capacité d’adaptation ou non des liens socio-économiques

On arrive ici à la limite de ce que la science est capable de déterminer de manière robuste et rigoureuse. Ce qui ne veut pas dire que rien ne peut être anticipé, ce qui ne veut pas dire que rien ne peut être connu du futur.

Mais qu’à un certain niveau de complexité il est très difficile de se prononcer très exactement, de faire des prévisions et des modèles (qui ne sont pas des prédictions) et qu’on en est réduit à observer des tendances.

Il y a 4 ans, personne ne pouvait prédire très exactement le nombre de morts que ferait exactement le Covid19. D’ailleurs on ne le peut pas encore à ce jour, et on ne le saura avec un degré raisonnable de précision que dans quelques temps, avec des analyses rétrospectives intégrant aussi les effets sur d’autres causes de mortalité. Et on discutera encore des décennies de la pertinence et de l’impact des différentes mesures prises.

Même dans l’incertitude, même dans la complexité, il est possible de discuter, il est possible de prévoir, il est possible de préparer.

Ce que propose Jem Bendell est une démarche d’Adaptation radicale (Deep Adaptation

L’idée est de faire émerger un cadre où on pourrait discuter de cette perspective d’effondrement sociétal à court terme, même si les incertitudes sont grandes, même si les effets sont différents en fonction des lieux, même si les intensités différent, même si notre capacité à nous adapter diffère.

La Deep Adaptation c’est :

  • Complémentaire avec l’atténuation du changement climatique (diminuer les émission de GES). Ca ne s’y oppose pas, cela rend l’objectif encore plus nécessaire
  • Complémentaire avec l’adaptation socio-technique (changer les modes de culture, localiser différemment les activités économiques, repenser l’urbanisme).
  • C’est aussi complémentaire avec la collapsologie, qui inscrit par ailleurs les difficultés de la transition vers une économie décarbonée et les conséquences du changement climatique dans un contexte de crises sur les ressources (matérielles et énergétiques), d’effondrement de la biodiversité, et d’emballement systémique.

A partir du moment où ce risque existe, quelque soit sa proximité, quelque soit son intensité, quelque soit son impact, quelque soit notre capacité d’adaptation, il faut commencer à s’en soucier : en l’évoquant ouvertement, en l’anticipant, en acceptant les émotions liées à cela.

Même si la connaissance est fragmentaire, même si la certitude est faible, la question mérite d’être considérée.

Car la préparation (réaliste, raisonnable, pragmatique) sera toujours utile ! Et nous aidera de toute manière à prendre connaissance de ce que nous possédons actuellement : la prospérité, la paix, la liberté et surtout des liens sociaux riches et satisfaisants faciles à établir. C’est cela aussi qu’il faudra bien d’une manière ou d’une autre, essayer de préserver.

Bref, en matière sanitaire ou environnementale, réduisons ce qui pose problème, adaptons nous technologiquement, mais surtout faisons évoluer les pratiques sociales et la culture du risque afin de participer vraiment au monde plutôt que d’en être spectateur, consommateur ou victime !

Commoner, Deep Adaptation

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